Daniel Zea
Box Tsunami (2021)
for violin, soprano saxophone, accordion, percussion, electronics and four prepared boxes (with transducers and solenoids), following real-time generated scores

Regard critique sur notre société consumériste, gavée par le suremballage et aliénée par les écrans, le Box Tsunami est une installation mêlant solistes et électronique, cette dernière étant habilement rangée dans des boîtes en carton. Celles-ci, sous la baguette du percussionniste, dictent la musique aux trois autres solistes qui suivent docilement une partition qui défile sous leurs yeux de manière imprévisible.

Entretien avec Daniel Zea

Une pièce avec des boîtes préparées, expliquez-nous…
J’ai inventé cet instrument hybride spécialement pour cette pièce. Dans chacune des quatre boîtes sont fixés deux solénoïdes, deux petits marteaux activés électroniquement qui frappent les parois de la boîte en carton. Chaque carton contient aussi deux transducteurs, des petits haut-parleurs qui font du carton une caisse de résonance. Même s’il s’agit de sons électroniques, leur nuance se rapproche d’un timbre acoustique. Le choix de la boîte en carton n’est pas anodin : elle représente l’hyperconsommation de notre société, submergée par le suremballage.


A quoi ressemble la partition ?
Les musiciens suivent ici un générateur de partitions, qui leur fournit une séquence imprévisible de blocs musicaux. Ceux-ci n’arrivent jamais dans le même ordre, ni avec la même durée. Cela les oblige donc à jouer en fixant constamment leurs écrans qui projettent la partition, sans se soucier des autres. Voilà pour moi toute l’aliénation humaine face au numérique. Cela me permet aussi d’écrire de la musique autrement, avec des matériaux simples mais dont le rendu est complexe.


Quelle est la symbolique du tsunami ?
Le tsunami représente l’ensevelissement dû à notre surconsommation, au numérique aussi. Si mon regard était initialement très critique sur le sujet, j’ai envie à présent de rester optimiste et de montrer qu’au milieu de cet ensevelissement, l’homme est toujours présent.
On dit que notre époque est submergée par les images, mais est-elle aussi submergée par les sons ?
En réalité non. La disposition de nos sens et les transmissions entre eux font que notre sens de l’écoute est défavorisé vis-à-vis de la vue. Aujourd’hui, les gens ne font plus attention à ce qu’ils écoutent, tant ils sont dopés par les images : leur ouïe est en quelque sorte anesthésiée.


Vous vous dites compositeur et artiste sonore, quelle est la différence ?
Cette distinction essaie de sortir des sentiers battus de la musique contemporaine, qui ne répond plus aux questionnements artistiques et esthétiques actuels. Être un artiste sonore c’est penser les sons comme une matière plastique, sans devoir porter le fardeau de l’histoire de la musique. De ce point de vue, on peut distinguer les compositeurs artistes de ceux artisans. Voyez Stockhausen et Boulez par exemple. Les premiers mettent la technique au service du rendu artistique, tandis que les seconds se contentent d’enjeux techniques. De nos jours, il y a beaucoup de compositeurs artisanaux, mais pour ma part, j’essaie plus d’être un artiste en privilégiant les enjeux philosophiques de mes œuvres.


Après cette année sans précédent, diriez-vous que le confinement aide à trouver l’inspiration ?
D’un côté, c’est très décourageant de se rendre compte du rôle non essentiel de la culture dans notre société et de se voir balayé en premier par les mesures. De l’autre, le confinement m’a donné du temps pour créer et développer mes pièces et essayer différents logiciels que je n’aurais pas utilisés autrement.


Texte et entretien par Christophe Bitar